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Réuni autour d’une affection commune pour la chanson française, le jazz et la poésie, le trio À Notre Tutoiement a créé une structure interactive qui implique l’auditeur et favorise une intimité particulière. |
Le trio À Notre Tutoiement est née d’une rencontre au Conservatoire de Strasbourg, en section jazz et musique improvisée. Elle s’est faite à partir d’un constat, le manque de place accordée à la chanson à texte, en français. Avec le violoncelliste Alexis Thepot et le pianiste Thomas Valentin, la chanteuse Jeanne Barbieri découvre qu’ils expriment des affections communes pour Jacques Brel, Barbara, Léo Ferré ou Bobby Lapointe, tout comme pour les poètes Paul Verlaine ou Jacques Prévert. « Nous avons commencé à tâtons à partir des textes que nous aimions, puis nous nous sommes mis à répéter. » Très rapidement, un univers se crée de manière singulière – « un univers très à nous », s’amuse Jeanne –, qui mêle toutes les composantes leurs formations respectives, une culture jazz, classique, et même baroque. Rapidement, s’est posée la question de la scène. « Nous travaillons sur quelque chose de très intime, déjà entre nous, et nous aimons nous situer dans un rapport de proximité avec les gens », d’où l’idée de la “structure”, la “boîte” ou le “kiosque” selon les appellations que nous donne Jeanne, une installation qui leur permet de créer un environnement acoustique propre, sans l’intervention d’amplification. Alexis, qui a également fait des études aux Arts Décoratifs, en scénographie, a conçu cette « espèce de maison à [eux] qui [leur] permet de transporter [leur] acoustique avec [eux]. »
Le projet s’avère ambitieux : la structure nécessite des matériaux lourds et impose des contraintes particulières pour la monter, la démonter et la transporter. Une collaboration avec une formation espagnole finalise l’objet – qui a connu des versions intermédiaires –, ainsi que le spectacle. La particularité du dispositif vient du fait que les spectateurs ont la possibilité d’écouter de l’extérieur, de voir ce qui se passe et d’entrer dans la structure. Certains d’entre eux, confortés par la chaleur de l’instant, tentent même la discussion avec les musiciens en train de jouer à l’intérieur. « Quand les gens passent dans un couloir, ils sont carrément collés à nous. » Sans faire injure au trio, cela rappelle certaines attractions à la foire, notamment la galerie des glaces, avec son système de trappes. Cette dimension ludique existe dans le dispositif, dans la mesure où le déplacement des spectateurs provoque des sons avec lesquels joue le trio. « Oui, les gens nous le disent, ils ont le sentiment de retourner en enfance. » Un retour à l’enfance qui est confirmé par la pièce centrale de la structure vers laquelle convergent tous les sons, L’Oreille du Prince, et dans laquelle les spectateurs sont invités à s’asseoir et à écouter une histoire, une chanson.
Par Emmanuel Abela
Photos : Alexis Thepot
Article publié dans Novo #4
À Notre Tutoiement, installation sonore L’Oreille du Prince, les 19 et 20 septembre, place Broglie, à Strasbourg, devant l’Opéra et du 25 au 3 octobre, Quartier Laiterie dans le cadre des Nuits Électroniques de l’Ososphère.
www.myspace.com/anotretutoiement
