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Au commencement étaient les chansons, nées d’un projet récréatif de Jacques Speyser, puis vint le groupe qui leur donna leur véritable amplitude. L’album des Original Folks sort chez Herzfeld, il pourrait bien installer la formation strasbourgeoise au firmament pop. Rencontre et playlist. |
Ça fait près de quinze ans que nous recevons avec bonheur de ses nouvelles discographiques sous le nom de Stephen’s Library, Grand Hôtel ou au sein de formations telles que les Mollies, mais Jacques Speyser a tout de même pris l’habitude de se dérober un peu, ne livrant qu’avec parcimonie les esquisses que son immense talent l’amenait à finaliser de temps en temps. Le garçon est discret, il est sans doute très exigeant. L’aventure Original Folks débute ainsi, autour d’une poignée de compositions qui se voulaient récréatives, loin de toute finalité d’enregistrement, des chansons écrites à la maison et livrées dans des versions brutes sur le site du label strasbourgeois Herzfeld. « Je m’amusais chez moi, tout seul, sur du matériel informatique, mais comme j’ai senti de l’intérêt pour ces chansons, je me suis dit qu’il était possible de créer une formation pour leur donner de l’ampleur. » Les musiciens sont réunis – Franck Marxer à la guitare, Pierre Walter alias Spide à la guitare et au chant, Michael Labbé à la basse, Paul-Henri Rogier aux claviers, et Roméo Poirier à la batterie –, les concerts s’enchaînent, dont certains très marquants comme cette première partie de Go-Kart Mozart, le projet de Lawrence Hayward, ex-Felt, à Paris en 2007, mais l’enregistrement se fait attendre. « Une longue maturation qui nous a permis de le peaufiner », nous explique Jacques. Orchestrés avec minutie, les titres prennent une dimension mélodique et rythmique nouvelle. Il en résulte une poignée de folk-songs dont la mélancolie communicative est compensée par des envolées pop, à la manière des plus belles compositions des Beach Boys ou de Midlake. Quand on l’interroge sur ses sources d’inspiration, Jacques n’hésite à rappeler la relation qu’il entretient aux chansons des autres – « L’impulsion me vient de ce que me disent les disques que j’écoute ; ce sont eux qui me poussent » –, un peu comme il aimerait qu’on établisse nous-mêmes une relation intime à ses propres chansons. Nul doute qu’on s’attache durablement à ces formidables instants de vie musicaux, brefs et forcément familiers, comme seuls les grands artistes savent en faire émerger de temps en temps.
Playlist :
La tentation était trop grande, pour ne pas interroger les sources. Cinq membres, dix albums choisis, la diversité des références est au rendez-vous, mais une cohérence d’ensemble se fait jour, elle en dit long sur la complicité qui existe entre les différents membres du groupe.
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Franck Marxer (guitare) Felt, Splendour of Fear Période Cherry Red, on touche à la perfection, un album d’une profonde mélancolie. Maurice Deebank, le guitariste, reste un modèle de finesse et de pertinence. Le fait qu’ils n’aient pas eu plus de succès est une injustice à mes yeux. John Martyn, Solid Air Sur ce disque, il s’est entouré de Dave Mattacks à la batterie et Danny Thompson à la contrebasse, la fine fleur du folk anglais. La chanson éponyme, qui ouvre l’album, est dédiée à son ami Nick Drake, et c’est une merveille. Il est décédé au début de cette année. |
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Michael Labbé (basse) Lambchop, OH (Ohio) Pour la simplicité et l'élégance avec laquelle Kurt Wagner creuse le sillon de sa singularité depuis un certain nombre d'années déjà, sans jamais céder à la facilité ou aux effets de mode... Un art de la variation très rare. Extra Golden, Ok-Oyot Sytem Pour la subtile alliance avec laquelle pop et musique africaine – qui est l'un de mes vices favoris –, mélodie et rythmicité, sont mêlés et agencés ici. |
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Jacques Speyser (guitare et chant) Midlake, The Trials of Van Occupanther Un disque complet, qui prend beaucoup de place dans ma discographie et n’en laisse pas beaucoup pour les autres disques. Tout y est tellement inspiré et abouti. The Beach Boys, Surf’s up Ce groupe m’a toujours semblé être d’ailleurs… Les composantes de leur musique m’échappent encore avec plaisir après des années d’écoute, c’est fascinant et effrayant. |
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Roméo Poirier (batterie) Broadcast, Tender Buttons La toute dernière découverte musicale grâce à un ami. The Magnetic Fields, The House of Tomorrow (EP) Une musique de route rouillée. |
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Paul-Henri Rougier (claviers) Baxter Dury, Len Parrot's Memorial Lift Grandaddy, The Sophtware Slump Ce sont peut-être les albums que j'écoute le plus régulièrement. Leur écoute n'est pas compliquée, dans le sens où tout paraît naturel, malgré une production assez pointue. Puis ils ont un caractère assez précieux, voire hypnotique pour Baxter Dury, prestigieux et ludique pour Grandaddy. |
Par Emmanuel Abela / Photos : Eric Antoine
Dernier album : Common Use, Herzfeld
Site internet : www.myspace.com/originalfolks ; www.hrzfld.com
Retrouvez l'émission En flux Continu en compagnie de Jacques Speyser ici
