Staff Benda Bilili, Au-delà des apparences

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Ils présentent la particularité d’être tous paraplégiques et d’évoluer sur scène dans des tricycles spectaculaires, mais au-delà de cela, les membres de Staff Benda Bilili produisent une musique d’une émotion rare. Leur prestation aux Eurockéennes restera comme un moment d'exception.


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« Je ne vois pas le handicap, je vois ce qu'il y a dans la tête. », Ricky, leader du Staff Benda Bilili

Le mythe tient à peu de choses. Quand Vincent Kenis, l’ex-Aksak Maboul et Minimal Compact, co-fondateur de Crammed Disc et producteur de Konono n°1, Kasaï All Stars et de la série Congotronics, enregistre le Staff Benda Bilili, il dispose sa douzaine de micros en plein air, dont un qui a servi par le passé à Jacques Brel. Ricky, leader de ce groupe pas comme les autres, est impressionné. Naturellement la figure du chanteur belge planant sur l’enregistrement peut intimider, mais la solennité de l’instant vient d’ailleurs. Elle vient de la réunion de tous ces musiciens juchés sur leur tricycles customisés de manière spectaculaire, prêts à inscrire pour l’éternité l’émotion de leurs chansons. « La chance peut vous tomber dessus sans prévenir », interprètent-ils sans ironie dans Tonkara, avant de rajouter : « Elle va et vient ».
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Pour chacun d’entre eux, malheureusement « bousillés » par la polio, elle s’en est allée souvent, les laissant comme beaucoup d’handicapés de Kinshasa se débrouiller avec les moyens du bord. On les croise parfois, pilotes intrépides d’engins tous droits sortis de la série des Fous du Volant ; ils aménagent leurs drôles d’engins, pratiquent l’import-export, s’organisent en un syndicat puissant, encadrent les enfants de la rue – les shégués – et jouent de la musique. C’est dans ce contexte que le Staff Benda Bilili s’est réuni autour de Ricky, 55 ans, fondateur du groupe, Koko, 50 ans, guitariste et chanteur, Theo, le chanteur soprano et Roger, un ex-shégué que Ricky a pris sous sa protection. « C'est comme un fils ; je l'ai recueilli quand il avait 12 ans, ça fait six ans de cela. Je l'ai appelé, et je lui ai dit si tu travailles avec moi, tu vas réussir dans cette vie », nous raconte Ricky. Ce jeune prodige de 17 ans a inventé un instrument qu’il appelle satongué, une sorte de luth électrique à une corde qu’il a construit à partir d’une boîte de conserve et qui donne ce son si particulier aux compositions du Staff.

Si l’on retrouve des éléments propres aux célèbres Konono n°1, et notamment ce sens de la récupération et de la débrouille, le staff se distingue des autres formations de la série des Congotronics par des influences plus ouvertement affirmées, reggae, funk et sud-américaines, et surtout par une approche vocale totalement différente.

Avec cette manière unique de se faire l’écho des blues ancestraux, le groupe a séduit les membres de Massive Attack. Depuis, il a jammé avec Damon Albarn, rappé avec De La Soul et s’apprête désormais à vivre un triomphe en Europe. Ricky estime que c'est un juste retour des choses : « Nous, on joue la musique internationale. Je suis la musique européenne. Les Européens m'aiment beaucoup, parce qu'on joue leur musique à Kinshasa, mais comme je suis ici à Paris [à Belfort, ndlr], je dois chercher à les satisfaire à mon tour. »

Par Emmanuel Abela
Photos : Olivier Legras

Dernier album : Très Très Fort, Crammed Disc