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Rock Bottom, de Robert Wyatt

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Rock Bottom n’est pas le fameux « disque de Robert Wyatt », il ne s’appréhende pas comme une messe, avec cette part de sacralité et de respect qu’on voudrait attribuer à tout chef d’œuvre. Il est — et restera — un formidable instant de vie. Bien sûr, il y a les circonstances, ce terrible accident survenu le 1er juin 1973 et qui laisse Robert Wyatt entre la vie et la mort, lui impose non seulement huit mois d’hôpital et la chaise roulante pour le reste de sa vie. Avec une conséquence tragique : l’abandon de son instrument de prédilection, la batterie. Legless, sans ses jambes, l’ex-Soft Machine doit s’inventer une nouvelle vie musicale, mais contrairement à ce qui est formulé généralement, Rock Bottom avait déjà été écrit en grande partie avant et l’ironie de l’histoire veut que l’accident soit intervenu très précisément la veille des premières répétitions avec un nouveau groupe qui devaient conduire à un premier enregistrement du disque. Naturellement, la longue période passée à l’hôpital et toute la réflexion que mène Wyatt sur sa pratique musicale future le conduisent à repenser son projet. La découverte d’un vieux piano dans la salle d’attente de l’hôpital conditionne une approche plus intimiste qui révèle les subtilités du nouveau langage qu’il crée pour exprimer ses sentiments. No, nit not / Ni no not / Nit nit folly bololey / Alife my larder, rarement note d’amour n’avait été à ce point susurrée comme un martèlement ultime. Pour qui écoute — ou découvre — ces passages, la plongée au tréfonds d’une humanité qui se débat est brutale, abyssale. Il en va de même pour chacune des six compositions de ce disque, construit comme un diptyque, avec par face, une introduction, un morceau central et une conclusion dramatique. Cette subtile architecture favorise l’intensité dramatique de l’instant, jusqu’à nous entraîner malgré nous dans une vision sans espoir. Qu’on se souvienne des paroles finales qui annoncent l’apocalypse à venir : In the garden of England / dead moles lie inside their holes / The dead-end tunnels crumble / in the rain, underfoot / Innit a shame? / Can’t you see them? / Can’t you see them? / Roots can’t hold them / Bugs consol them… Et de terminer sur une étrange note médiévale, post-nucléaire, post-tout. La réédition en CD chez Domino, avec pochette d’origine signée Alfreda Benge — la compagne de Wyatt qu’il épouse le 26 juillet 74 au moment de la sortie du disque —, offre peut-être la version qui se rapproche le plus du vinyle tel qu’il est encore très prisé par les amoureux de la première heure. Il restitue des informations précieuses, dont les featurings dans le détail, Richard Sinclair de Caravan, Hugh Hopper de Soft Machine, Fred Frith d’Henry Cow, Ivor Cutler, Gary Windo, Laurie Allan, Mike Oldfield, autant de contributions prestigieuses à ce qui reste l’un des disques majeurs dans l’histoire de la pop music. (E.A.)
Rock Bottom, Domino


Également réédités : Live Theatre Royal Drury Lane 8th September 1974, Domino ; Ruth Is Stranger than Richard, Domino, Old Rottenhat, Domino, Nothing Can Stop Us, Domino…


Pour plus d'infos : http://www.dominorecordco.com/artists/robert-wyatt/



 

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