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La paternité impitoyable

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Après La jeune fille et les loups, Gilles Legrand revient avec son nouveau film Tu seras mon fils, on y retrouve Lorànt Deutsch en fils rabaissé par son père interprété par Niels Arestrup. Nous avons rencontré Gilles Legrand accompagné de Nicolas Bridet, ce nouvel acteur à l’avenir prometteur, pour nous parler plus en détails du film dont la sortie est prévue le 24 août prochain.

Nicolas Bridet, vous êtes la révélation du film, comment s’est faite la rencontre avec Gilles Legrand, le réalisateur ?

Nicolas Bridet : C’est un ami comédien qui a parlé de moi à Gilles, il a trouvé que j’avais quelques petits points communs avec Jocelyn Quivrin. Gilles pensait à lui pour ce rôle. Je l’ai donc rencontré lors du casting dans son bureau.

Gilles Legrand : Personnellement, je ne pensais pas spécialement à Jocelyn Quivrin. Mais en parlant avec un comédien je lui ai dit que je cherchais un acteur qui ait cette aisance mais qui puisse aussi se prendre les pieds dans le tapis. J’aimais bien Jocelyn parce qu’il avait cette superbe et de temps en temps il pouvait être un peu contrariant. J’ai découvert Nicolas, et pour moi il correspondait à ma recherche.

On vous connaît peu Nicolas Bridet, quelle est votre formation ?

N.B. : J’ai fait une formation classique. J’ai fait un bac théâtre, ensuite le conservatoire de Bordeaux et ensuite celui de Paris.

Donc c’est votre premier rôle au cinéma…

N.B. : C’est mon premier vrai rôle au cinéma. J’ai déjà eu un second rôle dans Les Amants Réguliers de Philippe Garrel.

G.L. : C’était agréable de travailler avec Nicolas. On est habitué à jouer souvent avec les mêmes acteurs. Personnellement, j’aime bien mettre en lumière d’autres comédiens, il suffit juste de leur faire confiance.

Loran Deutsch a un rôle difficile, était-ce une volonté de votre part de le prendre à contre emploi ?

G.L. : Il a joué dans un de mes autres films La jeune fille et les loups. J’aime chez lui sa générosité, son intelligence, sa vivacité, sa bonne humeur en plateau, avec lui on peut vraiment jouer.

J’ai tendance à dire que je ne crois pas trop en la direction d’un acteur. Pour moi, le plus difficile c’est le choix de nos acteurs, ensuite il faut juste leur faire confiance. Si on est obligé de les diriger c’est qu’on s’est trompé. Sauf peut-être pour les tout petits rôles, qui sont des gens qui viennent sur un plateau passer une journée ou deux. Ils n’ont pas forcément les références ou le schéma complet de la scène, là il faut les aider, les diriger pour les emmener là où on a envie. Mais pour les autres, s’ils n’ont pas compris ce qu’il faut faire c’est un désastre.

On s’est amusé avec Lorànt en cherchant la façon dont on faisait vivre le personnage de Martin. Ce personnage est très difficile à interpréter, c’est un type transparent, sans charisme, c’était très complexe de le faire exister.

On a une relation assez ambigüe avec les personnages, on s’y attache très vite mais ils nous agacent aussi. Est-ce une réelle volonté de votre part de créer cette atmosphère autour des personnages ?

G.L. : Je voulais que le film soit interactif. Le spectateur essaye de comprendre les personnages et leur motivation. Je pense que le film serait moins intéressant si j’avais décidé de sauver Martin, ce fils massacré qui se rebellerait et tuerait son père. Pour moi, ce qui était intéressant c’était que chacun regarde les personnages et éprouve par moment de l’empathie pour l’un puis pour l’autre. : le fait que l’on puisse aimer ou détester cet horrible père, ou d’avoir envie de bousculer Martin pour qu’il se rebelle. Les femmes ont une image importante dans le film, le personnage de Madeleine évolue, elle chancèle vers la fin et se projette dans l’avenir, elle est moins bonne que ce qu’on pouvait imaginer au départ. La seule qui garde une ligne pure tout au long du film c’est le personnage d’Anne Marivin.

Un ami m’a dit qu’il me retrouvait dans tous les personnages, et il est vrai que je me vois dans tous, sûrement parce que j’ai écrit le scénario. Je les aime tous, y compris ce père qui peut être un assassin si on le pousse à bout. Et je vous promets que si je me retrouvais dans cette situation je ferai la même chose que lui. C’est le crime parfait, il n’a plus rien à perdre.

Il ne croit pas du tout à la chance de son fils ?

G.L. : Pas de cette façon. Son fils s’est laissé séduire, il est acheté par le luxe. Il se prend les pieds dans cet engrenage.

Pourtant, il a de l’or dans les mains, et il refuse la proposition de l’autre vigneron qui lui propose de l’embaucher dans son domaine. On pourrait croire que c’est vraiment l’appât du gain qui le guide…

N.B. : A mon avis, il est surtout très attaché au domaine. Il a grandi là, il a donc un réel attachement à la maison et au domaine. Personnellement, je comprends mon personnage : lorsque mes parents m’ont annoncé qu’ils comptaient quitter la maison de mon enfance, ça a été un choc, une perte de repères.
En plus, il va perdre son père, et sa mère va se retrouver seule, la maison ne leur appartient pas…

G.L. : Oui, et inconsciemment il a une revanche à prendre pour son père…

On a l’impression que la chaussure a une place très importante, on voit souvent les personnages cirer leurs chaussures, acheter des chaussures…

G.L. : L’idée était de caractériser les personnages, et le mieux pour cela est de montrer des images plutôt que de dire des choses. Si vous voyez un personnage cirer des chaussures avec du cognac, cela fait de lui un personnage un peu curieux. Personnellement, j’adore les chaussures, les belles chaussures en cuir. Je trouve que ce sont des matières nobles. Paul de Marceul a une certaine classe : il aime les belles chaussures. Et puis, c’était amusant, ça me permettait de rebondir pendant le reste du film car j’y reviens à d’autres moments. J’ai pu aussi figurer facilement les points communs qu’entretiennent Philippe et Paul.

Une scène représente Philippe et Paul dans un centre de soins du corps, prenant un bain dans des raisins, d’où vous est venu cette idée ? Ce soin existe-t-il vraiment ?

G.L. : Certains centres esthétiques proposent des bienfaits pour la peau à base de raisin. Mais le bain de raisin c’était seulement pour le film ! La séquence devait être plus longue au départ, on parle de soins enivrants ce qui peut laisser imaginer beaucoup de choses ! Ça rend la situation ambiguë et plus on est ambiguë, plus on interroge le spectateur.

Pour un amateur de vin ça devait être jouissif de tourner dans un vignoble, vous avez visité des caves ? Gouté des vins ?

G.L. : J’ai passé un an dans les domaines viticoles, j’ai bu plein de bons vins, visité de nombreux châteaux et rencontré beaucoup de vignerons, c’est ce qui fait le charme de notre métier : pouvoir découvrir des gens.

Justement vous avez appris des gestes particuliers pour votre rôle ?

N.B. : Avant le film on a rencontré une journaliste œnologue qui avait amené plusieurs vins. Elle nous a appris à tenir le verre, à goûter le vin, le recracher. J’ai aussi passé une journée avec un vigneron pour observer ses gestes : comment il voit qu’une vigne est malade, comment il touche le raisin… Je l’ai regardé faire pour m’approprier ses gestes, et sur le tournage beaucoup de gens étaient capables de nous aider. C’est le propre du comédien, l’observation.

La musique est extrêmement poignante, notamment les moments où l’on entend de l’Opéra, pourquoi avoir fait ce choix ?

G.L. : C’est un morceau de Vivaldi, qu’on a réorchestré et réarrangé avec Armand Amar. Cette idée me vient de sources d’inspiration multiples. J’ai assisté à l’avant première de Home, le film de Yann Arthus-Bertrand, et au moment du générique de fin, la cantatrice Sandrine Piau avait chanté en direct : cela m’a énormément ému. J’ai dit à Armand Amar, qui signait justement la musique de Home, que c’était exactement ça que je voulais dans mon film. Tout comme l’interprétation des Mots Bleus par Baschung, je savais que je voulais qu’elle soit quelque part dans le film. Dans la construction du scénario le morceau d’Opéra apparaît d’abord au début du film, lors de cette drôle de crémation, ça lui donne une sorte d’aspect religieux, et suscite un grand mélange d’émotions. Cette même musique est reprise au moment du jugement. Il fallait que ce père paye, et donc pour moi, ça se reconstruisait. Je mettais la musique au début, et je la mettais à la fin. Du coup, lorsqu’on l’entend pour la deuxième fois on comprend que c’est là qu’il va payer. J’avais envie que le spectateur anticipe le meurtre. C’est tout un travail que l’on a réalisé avec Armand Amar. La musique est très importante et on se rend compte que si on la démarre trois secondes plus tôt, on n’a pas le même effet sur le spectateur, pas les mêmes émotions. On a un côté marionnettiste, c’est intéressant de voir ce qu’on provoque chez le spectateur, quand on arrive à le faire rire, à l’inquiéter, à le faire participer, je trouve que c’est ce qu’il y a de drôle dans notre métier.

Par Anne Berger et Louise Laclautre

Tu seras mon fils de Gilles Legrand, avec Niels Arestrup, Lorànt Deutsch, Patrick Chesnais et Nicolas Bridet. Un film distribué par Universal Pictures International France

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