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Mickaël Labbé, Les faits à l’épreuve

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Sa silhouette ne passe pas inaperçue quand on le voit évoluer aux côtés des Original Folks, de Roméo et Sarah ou Marxer. Mickaël Labbé porte sa basse avec une conviction qui resitue l’importance de cet instrument créateur de volumes. Avec Unfair To Facts, il se lance dans un projet solo qui séduit d’emblée.

Tu as fait le choix musical peu évident de la basse. Qu’est-ce qui t’a séduit spontanément dans cet instrument ?

Comme pour beaucoup de bassistes, le départ fut purement accidentel. J’avais des amis qui jouaient de la musique et il leur manquait une basse. Ainsi, j’ai acheté ma première basse à 200 francs chez Cora, le genre d’instrument sur lequel tes doigts finissent par saigner mais qui, une fois maîtrisé, te permet de jouer de n’importe quel autre modèle. L’amour pour cet instrument est venu progressivement, en voyant mes capacités techniques s’améliorer. J’ai d’abord joué du rock. Ensuite, pendant des années je n’ai écouté et joué que du jazz. Comme tout adolescent, je voulais être virtuose.

On ne situe pas la basse comme un instrument qui favorise la virtuosité, mais au contraire et à tort, comme un instrument en retrait, presque discret...

Cette discrétion, cette simplicité, j’ai dû l’apprendre. Ce n’est pas ce qui m’a séduit au départ. Il est vrai que ce n’est pas l’instrument qui se prête le plus à la virtuosité. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, ce sont aussi les possibilités qu’offre l’instrument. J’aime le forcer à sortir des sons qui ne viennent pas naturellement avec des pédales et en multiplier les usages.

La basse est quand même l’un des éléments structurants majeurs dans une composition pop. À te voir évoluer au sein des différentes formations Herzfeld, on a le sentiment que tu lui rajoutes une présence particulière...

Je n’en ai pas conscience, mais ce sont des choses qu’on me dit. J’ai la chance de jouer avec des gens pour qui la basse a son importance – Jacques Speyser des Original Folks par exemple, qui veut vraiment mettre en avant cet instrument. De même pour Roméo et Sarah… Jouer avec eux m’a forcé à explorer d’autres directions, à enrichir mon jeu. Peut-être suis-je trop narcissique ou égocentrique, mais ça ne me plairait pas d’être relégué au second plan, comme le sont certains bassistes.

Quels sont les bassistes qui ont une importance particulière pour toi ?

Au départ, je n’écoutais pas des bassistes de pop, mais des bassistes de jazz comme Dave Holland ou Jaco Pastorius, quelqu’un qui a inventé un son, un vrai génie de la basse. Même si je n’aime pas cette posture qui consiste à faire de la musique pour la musique, comment a-t-il pu porter l’instrument aussi loin qu’il l’a fait ? Après, la pop, c’est venu plus tard et notamment avec Paul McCartney. Je me souviens avoir appris par cœur toutes ses lignes de basse. Cela ne payait pas de mine dans les Beatles, mais en voyant les partitions, j’ai compris à quel point il était génial. Il a tout inventé dans la basse pop.

Il l’a rendu mélodieuse...

Oui, il a intègré beaucoup d’éléments du rhythm and blues au service de chansons pop. Il est assez difficile, quand on essaie de rejouer du McCartney, d’arriver à se placer comme lui. Je retiens son placement rythmique singulier, comme s’il déjouait la rigidité des partitions. Je ne sais pas si cela vient du fait qu’il chantait en même temps, mais c’est assez incroyable.

Parlons de ton projet Unfair To Facts. À un moment, tu t’es senti prêt à te lancer dans une carrière solo ?

Oui. Ce n’est pas évident, parce que quand on est entouré de tant de gens qui font les choses et qui les font bien, ça peut paraître un peu écrasant. Cela a mis beaucoup de temps pour moi à murir. Il a vraiment fallu que j’accepte les imperfections. Je n’ai pas une grande voix…

Justement, comment s’est passé ce passage à l’acte vocal ?

Ce fut difficile à assumer. J’ai encore un peu de mal à m’écouter. Mais là aussi, avec du travail et des moyens techniques, on peut être un bon chanteur sans être très technique ni avoir une grande voix. C’est venu parce que j’ai trouvé un créneau qui m’était propre. La manière que j’avais de jouer avec tous ces effets et ma voix se sont accordées et cela a fait sens. Le problème s’est donc résolu, mais ce fut long et difficile.

As-tu ressenti le besoin d’écrire tes propres textes ?

Même quand je n’avais pas de projet solo déclaré, j’écrivais des morceaux. Je n’ai pas vraiment de mal à écrire des paroles. J’ai un principe d’écriture assez bizarre d’ailleurs. Souvent, je transcris des phrases ou des mots dans des carnets. Je trouve d’abord une mélodie, puis je place ces mots. Ce qui m’a surpris moi-même, c’est qu’au final cette rencontre aléatoire de mots aboutit à des textes qui, sans être autobiographiques, sont assez intimes. Souvent, cela se présente sous la forme d’un jeu. De manière surprenante, des nombreuses incohérences se forme une espère de cohérence dans la totalité… Le surréalisme m’inspire vraiment beaucoup pour ça. Ça rend le processus moins laborieux.

Quels liens vois-tu entre musique et philosophie ?

Oui, il y a des liens assez clairs entre musique et philosophie dans ce que je fais. Mais sans chercher à créer une musique philosophique, mes intérêts à savoir l’esthétique et l’architecture, se recoupent avec la musique… Pour moi, il y a peut-être une inspiration architecturale, dans le sens où je pense beaucoup la musique en tant que samples, boucles et en termes de volumes. Un son a un certain volume, une certaine couleur, un grain, une matérialité. La musique, c’est aussi une expérience du temps et de l’espace qui s’assemblent...

N’est-ce pas le fait de beaucoup pratiquer la basse, même si c’était accidentel au départ, qui t’a amené à cette conception de la musique ?

Dans Unfair To Facts, je joue beaucoup de guitare, mais c’est vrai que je n’en joue pas comme un guitariste. J’en joue comme un bassiste. Ce qui m’intéresse, ce sont vraiment les masses sonores qui peuvent émerger en trafiquant les effets.

À tous les groupes avec lesquels tu joues, tu apportes également un groove particulier...

J’aime beaucoup jouer du funk. J’ai également joué du funk, du reggae, du dub… Une des choses que j’écoute le plus, c’est l’électro minimale, Efdermin, John Roberts et Glitterbug. Si j’avais le temps et les moyens techniques, je me verrais bien DJ. J’adore danser et j’adore la musique qui fait danser. Ça passe par le corps, ça te prend...


Par Emmanuel Abela

 

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