FLUX4 RADIO - la radio offshore

Ososphère ’09 flux-report

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Pour rien au monde, la flux-team ne raterait une édition des Nuits Électroniques de l'Ososphère. Le flux-report est à la hauteur des émotions partagées durant les deux nuits : rencontres, reportage photo et compte-rendu pour nous faire revivre l'événement...


25.09, 17h, Chinese Man : "En Ardèche, tu produiras !"

Ils ont la réputation d’être plutôt prompts à la “déconne”, nos trois amis de Chinese Man, High Ku – quel pseudo ! –, Zé Matéo et Sly, mais quand il s’agit d’analyser leur propre production, on leur découvre une grande finesse. La fusion naît des genres qu’affectionne chacun d’entre eux, soul, folk, pop, musique sud-américaine, même si la base reste hip hop. À les écouter, le concept même de Chinese Man – non pas un trio, mais un collectif ouvert à des vidéastes – offre des possibilités infinies, et une grande liberté.

Alors, disciples du Chinese Man, quels préceptes vous faut-il respecter ? Les réponses fusent : « En Ardèche, ton disque tu produiras ! », « Entre couilles, tu resteras ! », etc…

Pour vous qui cultivez le zen, quelle serait la situation méga-zen inavouable ? High Ku nous livre son fantasme absolu : « Rentrer tard, vers 5 ou 6 heures, un samedi dans la nuit, et avoir encore les ressources pour me réveiller sur mon canap’ à l’heure de TéléFoot, pour allumer la télé et guetter le résumé de Marseille. » (sic!)

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Prompts à la “déconne”, disions-nous, mais aussi prompts à l’émotion, quand il est fait allusion à ce très beau remix de Femi Kuti, Day by Day, qu’ils ont proposé sur l’album Groove Sessions vol.2. « Non, la rencontre n’a pas eu lieu, mais nous savons par son manager qu’il a écouté et apprécié, et ça nous a touché. Oui, nous rêverions de le rencontrer… »


25.09, 17h40, Au Revoir Simone : "Nous serions ravies de faire partie de l'histoire artistique de ce pays !"

La vie est faite de moment de solitudes. Il a suffi d’un verbe mal placé dans une question formulée en anglais pour que le sens de la phrase prenne une autre tournure et qu’un petit malentendu s’installe avec Annie d’Au Revoir Simone. Bien sûr, on le sait, même si le dernier album du trio, dont le titre Still Night, Still Light sonne comme un manifeste mélancolique, prend des tournures plus sombres, la source ne peut se situer dans les groupes post-punk du début des années 80. Les trois ravissantes jeunes femmes ré-inventent à leur manière des sonorités dont elles ne découvrent l’existence qu’à force de se les voir imposer comme des influences possibles. Mais rien de bien grave cependant, l’entretien se poursuit avec une grande courtoisie, la jeune chanteuse insistant volontiers sur l’émotion pure qu’elle cherche à créer à partir de ses structures pop minimales. Si elle s’amuse du fait que le public français soit de plus en plus séduit par le propos troublant du groupe, elle affirme avec une grande fierté « apprécier cette reconnaissance dans un pays qui, très tôt, a accordé une place particulière à ses artistes féminines. » La suite nous renseigne sur les éventuelles difficultés rencontrées en tant que musicienne aux Etats-Unis. « Oui, vraiment c’est appréciable de se dire que ce pays sait faire la distinction, et ne pas juger une artiste sous le seul prétexte qu’elle porte une robe ! »


25.09, de 21h au bout de la nuit (Elvis Perkins, Githead, Art Brut, Au Revoir Simone, Chinese Man, etc…)

Une nuit électronique est faite de choix parfois douloureux. Pourquoi préférer Elvis Perkins à Sun Plexus, la formation mulhousienne, parce que l’occasion est plus rare – ce qui reste naturellement à prouver. Mais bon, le choix est fait, assumé, et la surprise à la hauteur de la décision. L’ami Elvis a livré un set folk-rock de haute volée, dans une ambiance Neil Young 68, l’harmonium en prime. On mesure le chemin parcouru depuis son timide premier album publié il y a trois ans, et les titres qu’on affectionnait sur celui-ci sont revisités avec une force nouvelle. Après, si le public entend « hippie », quand Elvis parle de son dernier « EP », on peut l’excuser tant la dégaine et le propos musical nous renvoient avec brio à l’ère pré-Woodstock ou des modèles du type John Wesley Harding.

Colin Newman, en grand amateur de folk, aurait peut-être apprécié, mais il se préparait pour son propre set, avec Malka Spigel, sa compagne, Max Franken, tous deux ex-Minimal Compact, et Robin Rimbaud de Scanner, les membres de sa nouvelle formation, Githead. Déjà présent l’an passé, l’ex-Wire a livré un set carré, dans la plus pure tradition post-punk et arty, avec toutefois des développements progressifs tout en électricité qui montraient toute la complexité d’une démarche qui s’appuie sur des sources multiples, loin des clivages qu’on souhaite imposer. Impassible, Malka, imposait, droite sur ses boots, une rythmique solide qui faisait remonter en nous bien des pulsions…

Un petit tour du côté d’Art Brut pour mesurer que le quintet londonien n’a rien perdu de sa fraîcheur. Il est assez amusant de passer ainsi du Môle (le club) à l’Abysse (le Molodoï) et de constater les filiations entre un groupe art-pop d’aujourd’hui et l’une des figures qui a pu l’influencer, Colin Newman. L’étonnante compression du temps participe du plaisir.

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Un plaisir très court, puisqu’Au Revoir Simone débute son set pas loin, à la Rocaille (Taps Gare). Là, il s’agit de constater si ce qu’on affirmait quelques heures plus tôt s’avérait exact, à savoir le succès grandissant de ce trio de Brooklyn en France. Si le concert démarre presque timidement, les trois jeunes filles se présentant de manière sagement alignées sur le devant de la scène. Et puis, les choses prennent vite une tournure surprenante. Leurs compositions faites de tout petits riens révèlent leur vraie dimension. Avec un brin d’agressivité qu’on ne leur soupçonnait guère, elles enchaînent les morceaux et emballent rapidement un public conquis. Leur enthousiasme est communicatif et Annie Hart finit de nous emporter avec son français si délicat : « Vous êtes très super ! », « Très génial », « Nous sommes heureuses de jouer ici à Strasbourg », etc… Nous aussi, nous sommes très heureux de te croiser, et si l’envie de t’épouser sur le champ traverse l’esprit d’une partie de l’audience masculine réunie ce soir – une audience hébétée par tant de charme –, ça n’est pas la seule raison de notre plaisir ce soir.
 
Après un passage chez nos amis de Chinese Man qui avec un set endiablé au Dôme (Hall des Chars) se positionnent désormais d’emblée comme de sérieux outsiders à la relève des meilleures formations du moment, Birdy Nam Nam, on va s’enquérir auprès de notre flux-reporter accréditée pour les Antipasti, Coline, de la prestation de Laurent Garnier. Elle nous rend compte d’un concert visiblement décontracté, mais efficace. La star électro française a établi une vraie relation à son public, commentant ses propres morceaux et les instants d’improvisation sur scène. Le public a répondu massivement présent, mais dans des proportions moindres semble-t-il qu’au set de Chinese Man, dans un Dôme pris d’assaut.


26.09, 17h, Yasmine de Y.A.S. : "lancer un projet électro-pop en arabe"

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  La vie de l’intervieweur est parfois semée d’embûches : il a suffi d’un transat récalcitrant pour se ridiculiser définitivement devant Yasmine Hamdan, la chanteuse de Y.A.S. Et pourtant, c’était pas faute qu’elle nous conseille. « Regardez, mon transat est déplié, faites comme moi ! »

Les “hin hin hin !” étouffés de quatre gars de l’équipe technique du festival rajoutaient au désespoir personnel de l’instant. Un petit coup de main de leur part, un petit coup de blush pour Yasmine, et l’affaire rentrait dans l’ordre.

Mais trêve de plaisanterie, le projet de Y.A.S. – le duo que constitue Yasmine avec Mirwais, l’ex-Taxi Girl, producteur en son temps de Madonna – c’est du sérieux ; il s’inscrit dans une logique politique très forte. « Lancer un projet électro-pop en arabe, c’est naturellement le défi qui nous a excités tous les deux, à partir d’une langue extrêmement codifiée. Nous avons souhaité décontextualiser l’arabe, avec une double envie : d’une part, que ça fonctionne bien avec la musique, et d’autre part que le monde arabe s’approprie les chansons », nous explique avec une once de sévérité cette très belle jeune femme, incroyablement glamour et généreuse. 

« J’écoute énormément de musique arabe, et j’essaie de trouver le dialecte qui va me permettre de faire passer le sens de mon propos qui s’inspire de la situation de ces pays, avec des connotations politique, sociale et sexuelle. » Pour quelle réception par les pays arabophones ? « Dans les pays du Golfe, c’était compliqué, ils m’ont censurée. Le problème c’est que je me sens très libre, et des fois ça ne passe pas ! Après, il y a eu un énorme buzz au Liban et dans certains pays du Moyen-Orient. Ce disque a été fait pour que le monde arabe puisse sourire, se sentir familier, dans la mesure où il s’inspire de la culture populaire – la pop kitsch égyptienne des années 80, par exemple – à un moment où l’on cultivait à la fois l’humour et le sens de la transgression. »


26.09, 19h, Naïve New Beaters : "Plus célèbres que les Rolling Stones !"

C’est toujours un plaisir de croiser les Naïve New Beaters. On sait forcément que l’instant sera décapant : David Boring, Eurobélix et Martin Luther BB King ont le don d’amuser la galerie, comme c’est le cas à Ososphère.radio. À la question « comment occupez-vous vos journées dans le bus en tournée ? », ils répondent qu’ils jouent aux Incollables, les fameuses questions de révision à destination des gamins de l'école primaire. « Ah bon ? », s’aventure Fred Cisnal, l’animateur. « Et que tirez-vous de cette expérience d’une année de tournée ? » « Ben forcément, répond David ‘pas si’ Boring, on est meilleurs en Histoire ! »

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Le ton de la dérision est donné, mais qu’on ne s’y trompe pas, l’affaire reste sérieuse. « Oui, confirme Eurobélix, pour nous il n’y a pas d’incompatibilité entre la ‘déconne’ et la production de notre musique. » Effectivement, leurs compositions, bien qu’elles soient construites sur les apports les plus invraisemblables – hip hop, électro, hard, funk – révèlent une fusion des genres qui nécessite une vraie culture musicale. On sent le trio gourmand, et quand je leur propose de me transformer en bon génie-journaliste capable d’exaucer un vœu, Eurobélix me réclame une parfaite maîtrise du piano, « mais alors, très vite ! » Les deux autres sont repartis pour raconter des bêtises. « Une pluie de médiators ! » pour le guitariste. « Le bonheur pour moi et toute ma famille », nous répond David  pince-sans-rire, en écho au tube du groupe Live Good. Et rapidement, d’évoquer la belle collection de socquettes de Martin Luther BB King, avant de décréter que le vrai plan des NNB pour l’avenir, c’est tout de même « de devenir plus connus que les Rolling Stones. » Avec le charisme incroyable de ces trois-là, gageons qu’ils n’y parviennent un jour !


26.09, 21h : Punish Yurself, Naïve New Beaters, General Elektriks, Yuksek, arts numériques, etc…

Le soir même, visiblement déchainés, les Naïve New Beaters livraient un set incroyable – l’un des meilleurs de ces derniers mois, selon leur propre aveu – devant un public visiblement acquis à leur cause. Le service d’ordre a été très vite dépassé par les événements, et si deux jeunes filles ont été épargnées à la demande de David, d’autres ont été promptement repoussés dans la fosse, provoquant ainsi quelques sueurs froides à des parents qui accompagnaient leurs marmots. L’ambiance était électrique et surchauffée, enthousiaste, bon enfant, mais avec ce brin de tension qui fait craindre le dérapage possible.

De manière assez générale, l’affluence très importante de cette édition, sold-out le second soir, rendait les déplacements déplaisants et avec un brin d’objectivité, on admettra qu’un décalage se crée entre l’intention très noble et un public de fêtards, très éloignés des préoccupations esthétiques des organisateurs. À ce titre, Ososphère.radio ou l’espace des installations numériques étaient les seuls endroits où il était possible non seulement de reprendre ses esprits, mais aussi de respirer loin des atmosphères moites et suffocantes. Véritable bouffée d’air frais en effet, cette programmation numérique nous a réconcilié avec des pratiques conceptuelles, qu’on a jugé très en phase avec l’esprit de leur temps. Et puis, il y avait ces projections partout sur le site d’une pièce de Malka Spigel qui relatait indirectement la danse mystérieuse d’une jeune femme au Moyen-Âge, en pleine épidémie de peste noire, à Strasbourg. Les chorégraphies multiples d’une jeune danseuse contemporaine, qu’on pouvait voir filmée tour à tour place de l’Homme de Fer, place de la République, dans une rue, dans l’encadrement d'une porte, finissaient par nous obséder, quand on se déplaçait d’une salle à l’autre. Combien de fois, nous sommes-nous arrêtés devant ces images d’une danse enthousiaste, mais incertaine ? On ne saurait dire ; ce qu’on sait en revanche, c’est que parfois on privilégiait cette vision à la plongée en apnée dans les salles saturées…

Malgré tout, en nous frayant un chemin, nous avons pu apprécier le cyber-punk (post-nucléaire) des Mulhousiens de Punish Yourself. Saturé, décalé, mais entier, ce groupe tout droit sorti de l’adaptation ciné de Métal Hurlant – souvenez-vous, Devo ! – nous donnait un aperçu de leur vision back to the future, très plastique, vert-orange, très appréciable en tout cas dans l’instant.

Puis, ce fut le tour des Naïve New Beaters, comme nous l’évoquions plus haut, Yuksek, dans une ambiance très club, avec les vrais fans du Rémois, parfois dépassé par la masse d’instruments situés devant lui, passant de l’un à l’autre, le micro dans la poche, pour envoyer les sons qui le positionnent comme le plus sérieux des french-outsiders ! Un petit tour du côté de General Elektriks, qu’on découvre en interview au cours d’un entretien très posé à Ososphère.radio ; shame on us, ça n’est pas faute de diffuser General Elektriks sur flux4 pour découvrir qu’Hervé Salters est français, qu’il vit aux Etats-Unis et qu’il est plutôt séduisant. Quand on le retrouve sur scène, il interprète précisément un flux-hit, Raid the Radio – non, ça n’est pas fait exprès – dans un style électro-funk plutôt enjoué. Bon, c’est pas tout, mais on n’a plus 16 ans, nous ! On s’éclipse discrètement et là, capté en flag ! Le Danet à la sortie : « Je vous ai vus, je prends les noms ! » Oui, c’est bien cela et surtout note-les bien, Thierry, nous serons là, l’année prochaine, promis !

Report : Emmanuel Abela / Photos : Olivier Legras
(avec la contribution très amicale de Coline Madec)


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