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Musica '09, flux-report

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Vous l'aviez apprécié, l'an dernier. Kévin Jost, le flux-festivalier, est de retour à Musica ! Interviews, compte-rendus et flux-report, il couvre cette nouvelle édition du festival International des Musiques d'Aujourd'hui, avec un regard critique et une oreille avisée.

30.09.09 : Marianne Pousseur

La vie est faite de rencontres, certaines sont plus marquantes que d’autres. J’ai la chance de collaborer à Musica.Radio et cela me permet de rencontrer des artistes que j’aime. Mercredi dernier, c’était Marianne Pousseur.

Ma profonde admiration pour elle ne date pas d’hier. Son Pierrot Lunaire avec l’ensemble intercontemporain est un de mes disques de chevet. Jeune étudiant débarquant à Strasbourg, j’étais intrigué, charmé par cette voix oscillant entre le cabaret et le chant lyrique.

Belle, pleine de malices, dans une robe rouge, des lunettes de soleil énormes, et des petites sandales, j’ai donc pu discuter avec Marianne et Enrico Bagnoli, metteur en scène d’Ismène et complice de longue date de la chanteuse belge. Comme elle le souligne Ismène est bien un spectacle : « Ce n’est ni un opéra, ni du théâtre musical, ni même du théâtre, c’est autre chose ».

Je suis donc allé voir cette autre chose vendredi en fin d’après-midi au TNS. Je vous donne ça et là des commentaires que j’ai entendu à la sortie du spectacle : « Aperghis ne s’est pas foulé pour la musique. » C’est bien l’impression que cela donne. Marianne Pousseur fredonne quelques mélopées au milieu d’un discours dense. Nous sommes là dans la berceuse simple, douce, mais amère aussi. Ce minimalisme musical ne fait que servir la beauté du spectacle et l’interprétation de Marianne Pousseur. Seule sur scène pendant une heure et quart, elle remplit l’espace de sa fragilité. Nue, elle vit le personnage déchirant d’Ismène, qui, rappelons-le, est la sœur d’Antigone. Je voyais cela comme un tour de force de rester seul scène, mais l’interprète minimise tout cela en me confiant que « c’est un vrai bonheur », et que finalement le fait d’être aussi active sur scène empêche les trous de mémoires et autres désagréments.

Revenons donc à nos bruits de foule. « Marianne Pousseur est vraiment éblouissante ». C’est vrai. Le rôle d’Ismène lui est taillé sur mesure et elle peut montrer l’étendue de son talent vocal dans ces murmures qu’elles nous glissent aux oreilles.

« La mise en scène utilise vraiment que des éléments connus qui marchent à chaque fois et qui plaisent au public ».
Là, je ne suis pas expert dans le domaine, je ne jugerai pas. Je vais très rarement au théâtre, et je ne peux que reconnaître le fait que les différents éléments de mise en scène ont retenu mon attention parfois au détriment du texte, mais l’omniprésence de l’eau, de l’air et du feu rajoute un côté archaïque au spectacle.

Je suis donc sorti du théâtre ravi, charmé par ce spectacle et encore plus amoureux de cette artiste. J’ai eu la chance de la croiser dans un café à la sortie du spectacle et j’ai pu encore une fois témoignéer toute mon admiration pour l’affiche de Musica…


24.09.09 : France Italie

Il n'est pas évident de concilier ses impératifs professionnels et sa passion pour la musique contemporaine. Je vous ai un peu abandonné chers lecteurs, mais pas oubliés. Depuis mardi, pendant de choses à vous raconter, et je suis heureux d'avoir eu ces quelques jours de recul pour laisser raisonner toutes ces musiques en moi.

Mardi soir à la Cité de la musique et de la danse, on a eu le droit à un match France-Italie, entre les oeuvres de Raphaël Cendo et Mauro Lanza. Deux esthétiques différentes. Pour le premier, les sons sales, et distordus héritage évident du son punk ; pour le second une écriture faite des lignes mélodiques épurés et subtiles. L'opposition fut intéressante, arbitrée par l'ensemble belge Champ d'action dirigé par Arne Deforce. La soirée était agréable, même s'il manquait une étincelle pour mettre le feu au poudre. Certes comment ne pas tomber sous le charme de Donatienne Michel-Dansac qui a illuminé Erba Negra de sa présence. Appareillée d'un casque et d'un micro, elle est arrivée à insuffler de la vie dans les nappes synthétiques mises au point par Lanza.

J'ai aussi également été surpris par les sonorités de Action Painting de Cendo. En fixant du papier alu entre les cordes du piano, on a l'impression d'entendre un timbre  de caisse claire vibré dans le piano. Je me suis laissé surprendre parfois à fermer les yeux (chose qui est rare pendant un concert pour moi) et à ne pas arriver à reconnaître les instruments desquels étaient issues les sons de cette fresque musicale aux accents rock apportés par des percussions violentes et hypnotiques.

Finalement, je n'ai pas été transcendé par ce concert, mais j'ai été heureux de découvrir l'univers de ces deux compositeurs de 35 ans qui représentent l'avenir de la musique contemporaine.


22.09.09 : Chemise légère


L'ouverture se poursuit pour le festival Musica. Profitant des journées du patrimoine, 20 concerts gratuits de 45 minutes ont eu lieu à la Cité de la Musique et de la Danse. Le public visé était clairement celui qui n'a pas l'habitude de ce festival. Au vue de l'affluence, nous pouvons dire que le pari est gagné. Malheureusement pour ma part, je n'ai pu assister qu'à un seul concert. Ne me plaignait pas, j'ai eu la chance d'animer deux tables rondes avec l'excellente Sylvia Dubost de Radio en Construction (Musica.Radio en écoute sur www.festival-musica.org). Finalement, je n'ai vu qu'un concert, celui du quintette à vents Coriolys, mais quel concert ! Ces 5 jeunes interprètes lyonnais ont donné un récital plein d'humour et d'énergie. J'ai pu découvrir Les Brèves pour instrumentistes-récitants de Jacques Rebotier qui mêlent avec ironie le théâtre et la musique. J'ai aussi redécouvert le magnifique Ricorrenze de Berio. Cette pièce met en avant le génie du compositeur quand il s'agit d'illuminer les parties instrumentales avec des clins d'œil et de subtils découpages rythmiques et mélodiques. Je ne peux que vous inviter à suivre de prêt ce quintette qui fera sûrement référence dans les années à venir.

Lundi, retour à la Halle des Sports. Cette fois-ci, j'étais prévenu et pour éviter la torpeur qui y règne, j'ai mis une chemise légère. Au tour de l'Orchestre Philharmonique de se frotter au public de Musica. La différence avec le concert de vendredi est évidente, on avait l'impression de voir des fonctionnaires sur scène. Aucun sourire, une grande froideur. Heureusement que le chef Pascal Rophé était là jouant son rôle à fond. Un contre-temps avant de monter sur scène, et une énergie foudroyante.

Soyons honnêtes, les oeuvres proposées n'étaient pas d'égale valeur. Finale de Mantovani était peut être un peu trop mou pour vraiment hypnotiser le public, néanmoins les mixtures et les timbres utilisés donnèrent à cette partition un intérêt indéniable. Arie de Donatoni n'a malheureusement pas donné la possibilité à la soprano espagnole Pilar Jurado de montrer tout l'étendue de son talent. À force de vouloir dépersonnifier le rôle du compositeur, Donatoni a livré ici une oeuvre sans âme.

L'entracte fut salutaire, et les deux dernières œuvres ont calmé les attentes du public. Le ciel, tout à l'encore si limpide, soudain se trouble horriblement de Michael Jarrell fut un prélude parfait à Arcana de Varèse. Le compositeur suisse a su nous emmener dans un imaginaire particulière fait de notes répétés, de cassures rythmiques et de cuivres ronronnants. Une mention spéciale au tubiste de l'OPS qui fit sortir de son instrument des sons graves, puissants et chauds enrobant tout l'orchestre de ses complaintes cuivrées.

Pour finir Arcana d'Edgard Varèse. Est-il bien utile de parler de cette oeuvre ? Elle fait partie de celles qui, malgré plusieurs écoutes, font encore découvrir des choses nouvelles. Des percussions libérés, de cuivres qui prennent la place des cordes, et vice versa. Une partition brillante et sublime.

Le festival continue et plus que jamais, j'exhorte les lecteurs de flux4 à venir pousser les portes. Mardi ça sera Champ d'action à la cité de la musique et de la danse. Mercredi, Accroche Note 18h salle de la bourse, puis Ismène le spectacle de Marianne Pousseur, que j'aurais l'infini honneur d'interviewer. Tout ça, avant la soirée que tout le monde attend jeudi...

Mais ça c'est une autre histoire.


20.09.09 : Joyeux bordel

Joyeux bordel en ce samedi à Strasbourg. Marchés aux puces, fête de la tarte flambée, manifestation pro-palestinienne, et bien entendu Fresco de Luca Francesconi. Les dieux du ciel nous ont offert un dernier samedi ensoleillé. Rien de mieux pour déguster une oeuvre dont le nom fleure bon les glaces italiennes.

Joyeux bordel. Il est toujours un peu frustrant de suivre une telle oeuvre. Sans le don d'ubiquité, il est impossible d'en avoir une vision totale. C'est peut être tout le charme de ces déambulations. J'ai bien du mal à m'y faire. Heureusement pour moi que l'oeuvre fut donné deux fois. Premier départ Place du Corbeau, et second Place Kléber pour ma part.

Joyeux bordel. La déambulation des orchestres d'harmonie fut laborieux et chaotique au milieu d'une foule dense qui se demandait bien souvent la finalité de ces sons incongrues. Chaque orchestre avait à sa charge de jouer un hymne national pendant leurs promenades. Tout d'abord de manière littérale, puis en le disloquant créant ainsi une masse sonore atemporelle.

Joyeux bordel. Tous les musiciens se rendirent, donc, Place de la Cathédrale. 200 musiciens, des touristes pris en otage dans le brouhaha, je vous laisse imaginer la scène. Pourtant, au centre de la place, au milieu des badauds entourés par les incantations cuivrés, je me suis senti en vie. J'étais comme un gamin, je ne savais plus où donner de la tête. J'ai chaviré, j'étais ému, touché. Certes, ces musiciens amateurs n'ont peut être pas la qualité des interprètes de Musica, mais il régnait une fraîcheur, des sourires qui font du bien à ce milieu parfois trop étroit qu'est la musique contemporaine.

Joyeux bordel, on en redemande. Le soir rendez avec Steve Coleman et ses cinq éléments. Il n'est pas dans mon habitude de critiquer le public, mais là il mérite un carton rouge. Devant la musique, si raffinée et sophistiquée, on avait l'impression d'avoir à faire à une armée de Suisses neurasthéniques. Partir 30 minutes avant la fin du concert pour avoir le dernier tram, alors que sur scène 6 musiciens de grand talent délivrent un jazz dense, spontané, et organique, je trouve ça plus que moyen. Dommage, pour un artiste si talentueux de découvrir à la fin de son concert que la salle s'est vidée à moitié.

Hier à Musica, la joyeux bordel était sur scène. Devant cette musique jouissive, je ne comprends pas que le public ne sente pas plus en vie.


19.09.09
: Soirée d'ouverture

La crise est partout, et à voir le programme du concert d'ouverture du Festival Musica, les esprits mauvais auraient pu penser que ce dernier était aussi frappé par les tourments de l'économie mondiale. Concédons leur que le programme était beaucoup moins monumental que Gruppen de Stockhausen donné en ouverture l'an passé. Il y a aussi le lieu choisi : la Halle des Sports de l'Université de Strasbourg est bien moins prestigieuse que le Palais de la Musique et des Congrès.
Ma principale crainte portait justement sur l'acoustique de ce gymnase, mais les équipes de techniciens ont fait un travail remarquable.

L'orchestre semblait très loin de nous – alors que ma place presse était située au quatrième rang –, ce qui donnait une certaine froideur pour les uns, mais un côté radiophonique fort à-propos pour les autres.

Passons au programme : l'orchestre de la SWR Baden-Baden et Fribourg, dirigé par Sylvain Cambreling, a été vraiment remarquable pendant toute la soirée. Les musiciens allemands ont la prodigieuse capacité d'être détendus, souriants, et vivants quand ils abordent la musique contemporaine – un exemple à suivre pour beaucoup d'orchestres français !

Dans la première partie, la mayonnaise semblait avoir du mal à prendre. La composition Trois Illusions pour Orchestre qu'Elliott Carter a écrit à l'âge de 96 ans, a manqué de fougue et d'énergie et ne permettait pas transcender le public. Le premier mouvement Micomicòn semblait annoncer le meilleur, mais le soufflet est retombé rapidement.

Le reste de la soirée consistait en un tête à tête entre Luca Francesconi et son maitre Luciano Berio. Dans Rest, Jean-Guihen Gueyras s'est illustré, et a prouvé qu'il était bien un des tous meilleurs violoncellistes actuels. Malheureusement la torpeur qui régnait dans la salle rendit l'écoute de ce concerto de 25 minutes pénible et difficile. Après un entracte salvateur, nous avons pu assister à l'oppositions entre le Concerto pour violoncelle de Francesconi et l'oeuvre pour trombone et orchestre Solo de Berio. La filiation saute aux oreilles, il y a bien un fil d'Ariane tissé entre ces deux hommes. Il est nécessaire de rendre un vibrant hommage à Frederic Belli qui, malgré sa jeunesse, son innocence et sa fraîcheur, nous a interprété la partie de trombone avec toute l'expérience d'un vieux briscard, et une suavité dans le son qui laisse entendre que nous le retrouverons souvent dans les années à venir. Pour conclure, Cobalt, Scarlet. Two Colours of Dawn a su mettre en évidence un principe de spatialisation simple et basique, mais qui apportera une grande chaleur de l'orchestre.

Le festival se poursuit tout le week-end, et ça sera ouvert à tous. Cette après-midi, Fresco de Francesconi autour de la Cathédrale à partir de 15h sera une déambulation de quelques 200 musiciens d'harmonie. Ce soir, le grandiose Richard III de Batistelli à l'Opéra – opéra pour les fans d'Inglorious Basterds – et pour finir le jazzman Steve Coleman et ses Five Elements à la Cité de la Musique.

Dans le cadre des journées du patrimoine, la Cité de la Musique proposera une après-midi de concerts gratuits. Chaque concert durera 45 minutes, et vous permettra de rencontrer, découvrir et très certainement aimer la musique contemporaine.

 

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