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Of Montreal, la somme de nos fantasmes

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Depuis tout petit, il se rêve en John Lennon, David Bowie ou Prince. Avec l’univers scénique qu’il développe, Kevin Barnes n’est pas loin de rivaliser avec les Monty Python. Et pourtant on le découvre plein de lucidité. L'entretien interroge ses sources musicales bien sûr, mais aussi le cinéma, la littérature et la mode.


Dans vos textes, vous citez Georges Bataille, Paul Eluard, j'ai également lu que vous aimiez Jean Genet et Françoise Hardy, pouvez-vous nous parler de cet attachement à la culture française ?
Je suis comme tout Américain devant la culture française vous savez, je l'apprécie énormément sans en avoir un aperçu global. J'aime les artistes français, toutes époques confondues, avec un penchant pour Truffaut et Godard, la Nouvelle Vague. Mais je ne sens pas attaché à une culture ou à un pays en particulier.
 
Vous composez seul au piano, vos chansons naissent dans une grande simplicité, que se passe-t-il entre ce moment très sobre et la version finale, flamboyante et imprévisible, de vos titres ?
Quand je compose je dois choisir un point de départ. Je crée la structure de la chanson au piano, et après je m'ingénie à déconstruire ce que je viens de produire pour donner à l'ensemble une nouvelle tournure. Dans ces moments je me sens comme un peintre qui pose des touches de couleur sur une toile, et qui prend du recul pour voir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, ce qui doit être approfondi, ou laissé de côté. J'essaie d'avancer le plus vite possible, pour garder une certaine cohérence, et mettre le plus d'idées possibles dans chaque composition. J'y retourne ensuite, à plusieurs reprises, pour ne garder que ce que je préfère.
 
Vos textes sont parfois sombres, mélancoliques, alors que votre musique reste funky, entraînante, à l'image de vos costumes de scène extravagants. Pourquoi maintenir un tel contraste ? Vous définiriez-vous comme un dandy surréaliste, ou comme un nouveau David Bowie accompagné de Spiders from Mars ?
C'est vrai que je ressens ces influences. Nos adorons les surréalistes, l'esprit Dada et le glam-rock des années 70, les paillettes. Cet esprit nous inspire, cette envie de s'affranchir des idées préconçues sur ce qui est de l'art ou pas, de se libérer diktats vestimentaires, des codes réservés aux hommes ou aux femmes... J'aime bien penser qu'en montant sur scène on s'engage à donner autre chose que lorsqu'on sort faire ses courses, que ce n'est pas un acte anodin. Je veux marquer une différence entre ma vie et mon “moi” sur scène. Je veux donner quelque chose d'exceptionnel, qui échappe aux codes terrestres, qui appartienne à une autre dimension, me libérer de la réalité.
 
Cette démarche est-elle aussi une réaction à la grisaille ambiante, à la morosité et à la crise ?
Etre en vie, ce n'est pas si simple [sourire], tout le monde cherche le sens de son existence. Notre démarche est effectivement de cet ordre. Nous voulons créer moment unique, qui reste détaché du quotidien, des préoccupations économiques, personnelles, spirituelles, comme un instant volé au monde du rêve, qui n'appartient qu'à lui, immatériel et sans futur.
 
Un pur instant...
Oui, tout à fait.
 
Vos albums sont composés d'une succession d'histoires, avec notamment un personnage récurrent dans Skeletal Lamping, Georgie Fruit...
Il est apparu au moment où j'ai commencé à écrire l'album, et je lui ai inventé une vie, un physique et une histoire. En tant que créateur, j'ai besoin de renouveler mes sources d'inspiration, et disposer d'un personnage comme celui-ci me permet, le temps d'une chanson, de me laisser posséder par ma créature et d'emprunter son point de vue. Mais je me suis rendu compte que ce personnage ne m'était pas étranger, mais qu’il était juste moi. Je ne veux pas penser que c'est un aspect dédoublé de ma personnalité, ou que je suis tantôt Kevin, tantôt Georgie... ce serait trop perturbant. C'est juste que certains aspects de ma personnalité ont besoin de s'exprimer et Georgie Fruit leur prête sa voix à certains moments.
 
Qui réalise vos compositions graphiques ?
Mon frère et mon épouse.
 
Votre univers visuel est très riche, souhaiteriez-vous le développer jusqu'à créer l’équivalent de votre propre Yellow Submarine ?
Nous aimerions vraiment... En fait nous travaillons à un projet de jeu vidéo, qui devrait voir le jour d'ici un an ou deux...
 
Sur scène vous reprenez Hey Bulldog, une chanson de John Lennon justement composée pour Yellow Submarine, mais aussi Prince, Brian Eno, Yoko Ono... Est-ce une manière d'affirmer vos filiations musicales ?
En fait ça m'amuse de rendre hommage à ces artistes, ou à ces groupes, dont je suis fan. Je me mets dans leur peau le temps d'une chanson. Je retrouve la joie que j'avais enfant à imiter mes chanteurs préférés, à jouer à être Prince par exemple. Alors maintenant que nous avons l'occasion de le faire sur scène, nous ne nous en privons pas !
 
Quelques questions sans queue ni tête si vous voulez bien... Si vous étiez un personnage de Bande Dessinée, qui choisiriez-vous et pourquoi ?
Snoopy, parce que sous ses airs mystérieux, on sent qu'il est bonne pâte.
 
Si vous deviez inventer le héros d'un conte pour enfants...
Ce serait un garçon dont le visage serait un miroir en forme d'aigle.
 
Quel était votre déguisement préféré lorsque vous étiez enfant ?
Connaissez-vous les Underoos [les Underoos sont une marque de sous-vêtements pour enfants à l'effigie des super-héros des Comics, ndlr] ? J'adorais ça, et j'adore toujours ça, avec mes Underoos je me transformais en super-héro, et c'est resté mon déguisement de rêve.
 
Si vous organisiez un bal costumé, quel thème choisiriez-vous ?
Le football américain.
 
Comme Jack Nicholson dans Easy Rider !

Exactement !
 
Vous avez le choix entre un cowboy et l'Antéchrist...
C'est la même chose !
 
Parlons mode, y a-t-il un ou une styliste dont vous aimez particulièrement le travail ?
Rebecca Turbow, une styliste new-yorkaise qui a créé la marque Safe et qui réalise nos costumes de scène. Ce qui est génial chez elle, c'est que son style s'inspire des années soixante, mais d'une manière assez futuriste, un peu comme si elle créait les vêtements que les gens des années soixante pensaient qu'on porterait en l'an 2000...
 
Vous aimez les excentricités scéniques, on connaît votre penchant pour les jeopardy blancs, quelle serait la fantaisie inédite que vous aimeriez créer sur scène ?
Je me souviens d'une scène dans Superman II ou Lex Luthor doit sauter dans un bassin rempli de Jell-O (gelée anglaise), alors moi aussi j'aimerais bien en avoir un... un bassin rempli à ras-bord de Jell-O !
 
J'aimerais vous citer quelques noms, vous réagissez ou non selon votre envie :

Le premier, Yoko Ono...

Une artiste géniale, avec un talent extraordinaire, beaucoup d'admirateurs des Beatles pensent à tort qu'elle a provoqué leur rupture, mais c'est ridicule. Grapefruit est pour moi une source d'inspiration... Elle a aussi écrit de superbes chansons. Je l'adore.
 
Si vous deviez faire un choix entre Brian Eno et Kevin Ayers...
Ce qui est sûr c'est que Brian Eno est le moins dérangé des deux, son travail est cohérent, j'aime beaucoup Kevin Ayers, mais je pense que Brian Eno a depuis des années produit une véritable œuvre artistique, très dense.
 
Vous venez d'Athens, comme les B-52's, un mot sur eux ?
En fait ils ne sont pas si athéniens que ça, ils se sont rencontrés à New-York alors qu'ils avaient quitté la région. Ils sont plus âgés que nous alors nous n'avons jamais eu l'occasion de les croiser en Géorgie. Je ne les ai jamais vu autre part que sur MTV, et c'est vrai qu'on sent une connexion “athénienne” avec eux. J'aime beaucoup leur musique, leur humour.
 
Un vieux groupe de disco, The Trammps, et leur tube Disco Inferno...
C'est vrai que c'était un tube, cette chanson a été reprise et parodiée, mais pour tout vous avouer c'est loin d'être mon tube disco préféré !
 
Pour finir, que pensez-vous de groupes comme Neutral Milk Hôtel, Olivia Tremor Control ou même Pavement, qui sont cultes aujourd'hui sans que leur influence soit reconnue à leur juste valeur ?
Pavement a quand même eu plus de reconnaissance publique que les deux autres. Neutral Milk Hôtel et Olivia Tremor Control sont devenus cultes, et comptent aujourd'hui de nombreux admirateurs fanatiques. J'ai eu le grand plaisir non seulement de les voir sur scène à de multiples reprises, mais également de jouer et collaborer avec eux, alors c'est vrai que j'ai une affection toute particulière pour ces deux groupes-là.
 
Propos recueillis par Audrey Canalès et Emmanuel Abela, avec la participation de Justine Kennedy
Photo : Christophe Urbain


Dernier album : Skeletal Lamping, Polyvinyl Records
Dernier EPs : Four Our Elegant Caste EP ; Sony Connect Set EP ; Gender Mutiny Tour single ; Suffer For Fashion EP, Polyvinyl Records

Site officiel : www.ofmontreal.net

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