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Daniel Cohn-Bendit, légitimer la politique

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Daniel Cohn-Bendit publie Que Faire ?, son Petit traité d’imagination politique à l’usage des Européens. Au-delà de la leçon d’écologie politique, ce texte ébauche les bases d’une théorie politique qui prône une vraie révolution dans les rapports du citoyen au politique. 

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Dans cet ouvrage, il y a un long chapitre sur votre parcours politique. Avant d’exposer votre point de vue, avez-vous ressenti le besoin de vous resituer ?
Non, pas du tout. J’ai essayé d’intégrer mon parcours personnel dans une histoire générale. Il s’agissait d’expliquer comment se sont développés les mouvements qui ont fait l’écologie politique depuis les années 60. L’intention était plutôt pédagogique.

Il ne s’agit pas pour autant de vous couper de votre vécu, vous rappelez dans ces pages le rôle que vous avez joué en Mai 68. Vous vous inscrivez dans la continuité en formulant l’idée de « mettre l’imagination au pouvoir » de manière concrète.

Ce qui me semble important, c’est de repenser la politique. Mettre l’imagination au pouvoir, c’est avoir la lucidité, la capacité de penser et d’innover, et donc de transformer nos pratiques politiques.

Vous avez été piqué à vif par la crise, et du coup vous proposez un nouveau modèle de société, la « société pollen ». D’où vient cette image ?
En économie politique, vous avez l’image traditionnelle de la Cigale et la Fourmi. Avec cette idée la « société pollen », nous entrons dans une nouvelle phase de société, qui est pour moi la société de connaissance, basée sur une valeur immatérielle incommensurable. L’abeille ne produit pas seulement du miel – production traditionnelle –, elle pollinise et participe à la reproduction du vivant. Cette pollinisation est quelque chose qui n’a jamais été mesurée, mais à la fin, elle a une valeur économique qui dépasse la production de miel des abeilles. Et cette image-là que j’ai voulu reprendre pour mettre l’accent sur tout ce savoir et ces connaissances qui permettent à la société d’avancer et de se développer.

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  Justement, comment calquer ce modèle à l’échelle humaine ?
Aujourd’hui, avec la crise économique, nous avons besoin de réinventer toute une chaîne industrielle et des produits. Ce processus d’invention est déterminant pour nous aujourd’hui ; il le sera également pour l’avenir. La fonction de la connaissance, du savoir et de la recherche dépasse le cadre de la simple marchandisation.

Pour vous, il ne s’agit plus d’attendre le “grand soir”, mais d’enclencher une « transformation écologique » radicale de la société. Peut-on parler de « révolution » ?
Oui, et pour penser cette « transformation révolutionnaire », il faut avoir une double réflexion, en même temps penser une transformation radicale de la société et orienter la pratique politique vers cette transformation. Cette pratique se doit d’être quotidienne. Je le dis parfois : opposons au “grand soir”, les petits matins. Quotidiennement, il faut trouver à avancer, créer des majorités, ce qui peut rendre la politique peut-être moins alléchante qu’on ne l’espère. Le rêve du “grand soir” est plus fascinant, mais le problème c’est qu’il n’arrive jamais ou dans des moments de catastrophe. Alors, que la pratique quotidienne réformiste est quelque chose de nécessaire, mais qui doit avoir une orientation de transformation révolutionnaire.
     
Aujourd’hui, comment reconnecter le citoyen à la politique ?
Nous sommes conscients qu’il y a une désaffection de beaucoup de citoyens face à la politique. Ils sentent que les choses évoluent, mais que la politique n’a pas de prise sur l’évolution des choses. Il y a donc un repli, un refus. Le fait de remobiliser les citoyens ne peut se faire que si on arrive à leur montrer qu’il est possible de changer les choses. Le grand problème c’est de redonner une légitimité à la politique en montrant qu’elle peut et sait intervenir dans les moments cruciaux.

  Ce qui est un peu dommage, c’est que votre ouvrage sorte au moment de votre campagne électorale. Une confusion peut naître entre ce qui est exposé de manière personnelle et ce qui s’apparenterait à un programme politique. On sait ce qu’il advient des ouvrages à vocation programmatique, alors que vos visées sont à plus long terme.
C’est vrai, mais il a été pensé à un moment de gestation du programme d’Europe Écologie, et c’est un instrument. À partir de ce livre, je vais travailler pour, justement, aboutir à un moment à une véritable théorie d’écologie politique. Je ne livre là que les ébauches de cette théorie.

Vous débutez votre ouvrage par cette question qui vous est posée constamment : « En fin de compte Dany, tu es Allemand ou Français ? », et vous semblez répondre dans l’ouvrage que la chance qui nous est offerte, c’est aujourd’hui d’être Européen, et de donner du sens à cette Europe.
Personnellement, je pense que ça n’a pas de sens de chercher à me déterminer d’une manière nationale. Ça c’est lié à ma vie personnelle, et à l’histoire de ma famille. C’est pour cela qu’il m’arrive d’incarner un idéal trans-national qui est lié à l’idée européenne. Mais je ne veux pas dire que c’est l’idéal du citoyen européen. C’est mon idéal à moi.


J’aimerais vous faire réagir, la photo de Gilles Caron prise en Mai 68 est connue, mais elle figure sur la couverture du Livre XVII du Séminaire de Jacques Lacan, L’Envers de la Psychanalyse. Quelle a été votre réaction au moment de cette publication ?
L’éditeur [Seuil, ndlr] m’a demandé s’il pouvait l’utiliser. J’avais rencontré Lacan en 68… L’idée était d’intégrer la réflexion psychanalytique dans un espace ludique et politique, sous la forme d’un clin d’œil. Moi, j’ai trouvé ça très drôle.

Daniel Cohn-Bendit, Que Faire ?, Tapage / Hachette Littératures
www.quefaireavecdany.fr


Propos recueillis par Emmanuel Abela et Olivier Legras
Photo : Pascal Bastien



Sandrine Bélier

Elle a quitté ses fonctions de directrice fédérale de France Nature Environnement, pour entrer en politique et participer aux élections européennes. Sandrine Bélier, tête de liste région Nord-Est pour Europe Écologie, vient avec un regard neuf et une énergie qui peuvent surprendre et séduire.


Nous avons eu l’occasion de suivre une journée de campagne de Sandrine Bélier, à Besançon et dans les environs. Au programme : visite d’une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) à Montagney, manifestation à la Maison de l’Industrie de Besançon, table ronde, conférence de presse et grand meeting du soir au Kursaal. C’était son premier meeting, avec un discours pugnace qu’elle a prononcé devant Daniel Cohn-Bendit, visiblement touché par l’enthousiasme de cette jeune candidate. Le rendez-vous est pris à l’issue du repas. Il n’est pas loin des deux heures du matin, mais une fois qu’elle est lancée, personne n’arrête Sandrine Bélier. D’entrée, elle m’avoue qu’au moment de quitter France Nature Environnement, elle s’est posée la question : c’est quoi la politique ? Daniel Cohn-Bendit lui a répondu : « la politique, c’est ce que tu en fais ; c’est la manière dont tu vois les choses » Comme un crédo, elle nous affirme que sa vision de la politique, « c’est la vie de la cité », et s’enflamme pour l’action menée par les associations : « J’ai le sentiment que du constat de la déconnexion du citoyen et de la classe politique est né un mouvement – on en parle beaucoup en cette période de crise –, les associations montent au créneau. Aujourd’hui, elles s’opposent à certains projets, participent aux instances décisionnelles, et parce qu’il y a un manque, elles deviennent force de propositions. » Avec le sentiment que nous avons complètement perdu le sens profond de la politique,  c’est-à-dire « d’avoir un projet de société, de porter et d’y associer des citoyens », elle nous livre sa gratitude pour les « militants du quotidien », les militants politiques ou associatifs qu’elle a rencontrés quand elle a rejoint Europe Écologie. « J’aime l’expression de “militants au quotidien” : dans leur vie, ils font des choix personnels pour améliorer les choses. » Au bout de quelques minutes, elle me regarde : « Je ne sais plus quelle était la question, au départ ? » Je crois que je n’ai pas eu l’occasion de poser de question. « Je suis bavarde, c’est horrible ! », s’amuse-t-elle. Oui, elle est bavarde, mais que dire, non, ce n’est pas horrible. On le suppose, elle apprend vite. Avec du métier, elle laissera sans doute un peu plus d’espace à son interlocuteur, mais le propos est déjà là, et la force de conviction aussi.

Propos recueillis par Emmanuel Abela et Olivier Legras
Photo : Pascal Bastien


Voir l'interview-vidéo ici.

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