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Isabelle Huppert, des notes en résonance

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Les films, c’est comme les hommes, ils peuvent se retrouver en danger. Dans Villa Amalia de Benoît Jacquot, une femme veut éteindre sa vie d’avant. Un danger la guette, mais elle se reconstruit contre toute attente. Isabelle Huppert incarne ce rôle à un tel point que la confusion est possible entre l’actrice et le personnage : la Présidente du Jury à Cannes nous évoque cet instant où l’actrice trouve la note la plus juste par rapport à ce qu’elle est elle-même.


Vous avez tourné avec Benoît Jacquot Villa Amalia pour une cinquième rencontre. Le roman de Pascal Quignard vous a beaucoup touché, semble-t-il.

Je n’ai pas de souvenir tellement précis de la lecture du roman. Tout dans cette aventure s’est fait de manière incroyablement facile. Ça n’est pas que je ne veux pas ou ne peux parler de ce travail, mais les choses se sont faites avec une telle légèreté que ça se prête moins à l’approfondissement des commentaires.

En préparation au film, vous avez travaillé le piano et fait beaucoup de natation. Était-ce important de faire de ce travail-là, pour approcher le personnage et l’incarner, avec la perspective de déconstruire progressivement le personnage de cette femme qui abandonne tout ?
Il est vrai que c’est une femme qui disparaît, se déconstruit et se reconstruit, même si elle se reconstruit plutôt dans la soustraction que l’addition. De fait, l’apprentissage du piano et de la natation constituait des éléments très tangibles de la construction du personnage justement. Ça donnait un axe. Cette expression dans le corps est importante dans le film, c’est comme un cri. Elle est fatiguée, mais c’est comme si elle voulait se fatiguer davantage ou s’anesthésier à quelque chose. Après, dans le film tout est interprétable de mille manières. À en parler, je me rends compte que le film est comme une série d’hypothèses, de portes qui s’ouvrent jusqu’à cette béance devant l’infini qui clôt le récit. C’est comme un caillou qu’on jette, et qui fait écho. Des échos différents selon la perception de chacun. C’est très curieux. Le film résonne, mais ça n’est pas surprenant : la musique y est très importante. Le film résonne au même titre que la musique qui est dans le film.

Vous comparez souvent le jeu de l’acteur à la pratique de la musique. Vous évoquez ces notes à trouver ou à approcher. Avez-vous le sentiment que Benoît Jacquot était plus enclin à approcher cette résonance de l’actrice ?
Il y a mille notes qu’on peut faire résonner en soi, quand on est actrice. Ce qui compte à chaque fois, c’est de trouver la note juste, mais ça n’est pas si facile. Si on n’a pas trouvé cette précision-là, c’est très difficile de tourner un film. Après, il y a l’idée, aussi parfois, que certains films vont vous faire trouver la note la plus juste non seulement par rapport au film et au rôle, mais aussi la note la plus juste par rapport à vous même. C’est plus rare, et il faut que ça soit rare d’ailleurs. Il y autre chose à faire quand on est actrice et qu’on fait des films, à savoir jouer des rôles qui sont un peu loin de soi-même. Mais quand on peut la trouver cette note-là dans certains films, c’est très agréable.

Ne pensez-vous pas que le métier d’acteur est une manière de changer de vie ?

Oui, surement, c’est l’une des manières. On est plus souvent en fuite que dans un autre exercice. On passe de cache en cache, si on pense que le rôle c’est quelque chose qui vous met à l’abri et vous protège. Qui vous expose, parfois qui vous surexpose, mais qui ne vous révèle pas ou en tout cas, ne vous dévoile pas complètement.

Peut-on avoir quelques mots sur la Présidence du Jury au Festival de Cannes ? Comment appréhendez-vous l’événement ?

Je ne l’appréhende pas, je n’ai pas peur. Je n’ai pas de plan d’attaque. J’en attends tout.

Vous avez vécu une belle histoire avec le Festival ?
Oui, naturellement.

Avez-vous un souvenir de l’édition 1984 du Festival, au cours de laquelle vous aviez été membre du jury ?
Oui, bien sûr. Je me souviens des films qui ont été présentés, des prix qui ont été remis. C’était la Palme d’Or à Wim Wenders, pour Paris Texas, et le Prix d’Interprétation féminine à Helen Mirren pour Cal de Patrick O’Connor.

Vous vous souvenez de tout ?
Ah oui, ça je m’en souviens.

Avez-vous envie d’un jury prêt à la discussion ?
Oui, ça serait la moindre des choses. Je ne vois pas pourquoi il ne le serait pas. Il est difficile de faire partie d’un jury sans échanger ses goûts.

Propos recueillis par Olivier Bombarda
(avec l’aimable autorisation d’Arte)
Photo : Stéphane Louis


Interview publiée dans le numéro 2 de Novo.

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