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Justice, ou le choix de la densité

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Il y a peu de temps, Xavier De Rosnay et Gaspard Augé, les deux charmants jeunes hommes qui constituent Justice, étaient graphistes, aujourd’hui ils sont devenus des stars de l’electro française et internationale. Courte entrevue à l’occasion de la sortie de leur DVD Live, A Cross The Universe.


On suppose que votre culture est rock à la base, le reste-t-elle malgré votre esthétique électronique ?

XDR : Bien sûr, d’ailleurs je pense que notre esthétique n’est pas du tout électronique, aussi bien sur scène que sur les pochettes de disque. Les clips le sont un peu, ils sont d’ailleurs un peu hors-sujet par rapport au reste de notre esthétique, mais c’est bien de ne pas être trop fermé là-dessus. D’ailleurs, nous écoutons de la pop, allant du rap au rock ou encore au folk…
GA : Les vidéos sont plus pop qu’électroniques d’ailleurs.

À quel moment, la formule à deux vous a semblé la plus propice ?
XDR : Notre complicité date depuis 2003. Nous avons joué dans des groupes de lycée comme tout le monde, sans concert ni rien, mais l’expérience nous a permis de nous rendre compte qu’il ne faut pas avoir trop d’intervenants. Nous aimons bien avoir des discussions bilatérales qui nous permettent d’avoir un recul qu’on n’a pas quand on est seul. Je ne sais pas si c’est parce qu’on est misanthrope ou quoi que ce soit, mais pour nous les discussions triangulaires ou quadrangulaires deviennent rapidement ingérables et interminables. Ce que nous aimons dans notre musique, ce sont les intentions pop passées à la moulinette électronique avec cette puissance et cette précision qu’on ne peut pas avoir en groupe et c’est sans doute le décalage entre ces styles musicaux qui crée quelque chose de plus intéressant que si nous jouions avec un groupe. On essaie avec ce qu’on a, c'est-à-dire pas grand-chose, d’écrire des chansons ou des morceaux de manière assez classique, puisqu’on les écrit toujours au piano puis on les enregistre. Finalement c’est le grand écart entre ces deux manières de composer qui nous intéresse et nous amuse.

On a le sentiment que le travail autour des samples cache un autre aspect de votre travail de composition ?

XDR : La majorité des disques que nous avons samplés ne sont pas identifiables et je pense que même leurs auteurs des compositions ne reconnaîtront jamais ce qu’on leur a pris. Rien que dans Stress, il y a des samples de Beyoncé, de Captain & Tennille, mais ce sont des bouts tellement courts qu’ils sont non identifiables, à l’exception de La Nuit Sur Le Mont Chauve de Moussorgski qui est le sample le plus reconnaissable du disque [échantillonné à partir de la version disco figurant sur Saturday Night Fever, ndlr]. Nous ne cherchons pas des mélodies quand on sample des titres. Nous écrivons d’abord les morceaux et après quand nous cherchons une note bien précise, une note de basse par exemple qu’on ne souhaite pas exécuter en studio. Nous écoutons des disques, et dès que nous trouvons, nous échantillonnons, puis nous collons les notes correspondantes. C’est un travail assez méticuleux, mais l’avantage de l’échantillonnage, c’est que la note est déjà produite, elle sonne déjà super bien.
GA : C’est vrai que c’est plutôt du “vol de production” que de la composition, c’est des couches d’heures et d’heures de gens qui ont travaillé pour nous.

Vos compositions fonctionnent par couches successives ; du coup, vos compositions gagnent en densité…

XDR : Oui, c’est le mot que je cherchais, la “densité”. D’ailleurs les premiers retours sur le disque portaient sur le fait que c’était bien produit, alors que c’est un disque fait maison et qui ne s’en cache pas. Ce sentiment est sans doute dû à cette densité qui donne l’impression d’un son très massif alors que ça ne l’est pas dans les faits.

L’album donne une vision presque noire des choses, proche d’une vision d’apocalypse, avec la perspective d’un chaos possible, êtes-vous inquiets par rapport à l’avenir ?
XDR : Notre musique est complètement “décontextualisée”, nous ne sommes pas des gens inquiets, ni véritablement anxieux. En fait, on aime la musique qui se situe à cheval entre joie, mélancolie et tristesse. La musique très joyeuse est beaucoup plus dure à produire, il n’est pas évident d’innover de ce côté-là. Nous avons fait des tentatives dans ce sens, mais nous nous sommes toujours arrêtés, car nous avions le sentiment de sombrer dans le cliché.

Comment justifiez-vous votre succès sur un album pourtant assez difficile d’accès ?
XDR : Je pense que les gens ont toujours été prêts à condition qu’on leur donne des clés pour rentrer dans cette musique là. On s’est déjà dit plusieurs fois que nous faisions l’album Smash de Jackson And His Computer Band, qui à mon avis est un des meilleurs disques électroniques jamais réalisés, mais dans sa version plus accessible. Le disque de Jackson aurait mérité plus de succès, mais il fallait savoir par où le prendre. Après, le tout dépend aussi de la chance, des circonstances, une pub…

Avez-vous le sentiment qu’un courant véritable s’installe avec des groupes comme les Klaxons, The Teenagers, Sebastian, The Midnight Juggernauts, Simian Mobile Disco ?
XDR : Je pense que les relations sont plus amicales que musicales, tous ces groupes étant tellement différents. C’est aussi le cas pour Ed Banger ou cette branche de l’électronique française qui reste très variée.

Un mot sur ce live en DVD ?
XDR : Ce que nous jouons en live est très différent, c’est une version mutante et optimisée du disque. Et surtout, on a trouvé une manière intéressante de le sortir…

Propos recueillis par Laura Fabing et Emmanuel Abela.

Album : †, Because
Dernier single : DVNO, Because

DVD : A Cross The Universe, Because

Ecouter le SCALPEL du flux à propos du sample de la BO "Ténèbres" sur le titre "Phantom" de Justice {audio}images/podcast/interviews/MODULE_SKALPEL_02_FLUX_Justice.mp3{/audio}

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